Comme le 12 décembre 2007, le parlement suisse est réuni à Berne pour élire un Conseiller fédéral (Gouvernement) suite à la démission de Samuel Schmid. Cette élection est retransmise en direct par les médias nationaux, RSR et TSR. C’est toujours un grand moment de la vie politique en Suisse, avec parfois des coups de théâtre, lorsque le Parlement choisit un autre candidat que le candidat officiel, comme l’an dernier. Cette année, l’UDC présente deux candidats, Christophe Blocher, et Ueli Maurer. Il a déjà annoncé que si le Parlement élisait un autre candidat, celui-ci serait immédiatement exclu du parti. Une manière d’imposer le choix du Conseiller fédéral enlevant ainsi au Parlement sa liberté d’action. D’où les suspens insoutenable qui tient le pays et les médias en haleine ;-)
08h15
Il neige à Berne et Samuel Schmid pleure, visiblement affecté par son départ. La campagne de dénigrement menée à son encontre par son ex parti l’UDC semble l’avoir touché profondément.
Les représentants des partis se succèdent à la tribune pour des déclarations en faveur des candidats officiels
Christophe Blocher est resté chez lui
08h30
La cheffe du groupe des Verts à l’assemblée explique pourquoi son parti présente Luc Recordon. Elle rappelle les propos outranciers de Ueili Maurer, notamment envers les femmes, dont la place est à la maison selon lui, l’ONU qui ne sert à rien, le réchauffement climatique, qui le fait rire et les affiches outrancières et racistes. Christophe Blocher n’est pas une option.
Hansjörg Walter, dont le nom circulait dans la presse ces derniers jours, vient dire à la tribune qu’il n’est pas candidat
Le premier tour de votes est lancé, les votes ont lieu à bulletin secret
09h00
Entre les deux tours de vote, les politiciens de tout bord se succèdent au micro des radios et télévisions pour des déclarations et des commentaires.
Ada Mara, Socialiste, déclare « Christophe Blocher est mort » (politiquement) et elle s’en réjouit.
09h05
Résultat du premier tour : Hansjörg Walter obtient 109 voix, Ueli Maurer 60, Christophe Blocher 54 et quelques voix éparses à divers candidats. Il aurait fallu 121 voix pour qu’un candidat soit élu au premier tour.
Luc Recordon n’obtient aucune voix. Il vient expliquer que c’était voulu, que sa candidature était une candidature de combat et qu’il n’est plus candidat. Il appelle à voter Hansjörg Walter, pour éviter l’élection d’un UDC non blochérien
La candidature de Christophe Blocher est retirée. Le chef du groupe UDC appelle à voter Ueli Maurer
Ont obtenu des voix : Walter 121, Maurer 119, divers 2
Blanc : 1, Nul 1Â – on aimerait bien savoir qui est ce nul!
En route pour le 3ème tour
Quel suspens! ;-)
09h45
Analyse des résultats par les parlementaires qui se succèdent au micro de la TSR
John Dupraz, libéraé-radical genevois, vient dire combien le diktat de l’UDC qui impose son candidat sans laisser le choix au Parlement, est insupportable et contraire aux moeurs politiques suisses
Tous s’accordent à dire que le retour de l’UDC au gouvernement est souhaité, la voix de l’opposition ne fonctionne pas
Le « spectacle » de tout ce beau monde donne l’impression d’un jeux de rôles, avec des discours convenus, des petites luttes de pouvoir, des bousculades pour être devant la caméra et faire des déclarations toutes plus convenues les unes que les autres
Luc Recordon, ex candidat des Verts, exprime sa vive satisfaction. Il prédit une interruption de séance suite à l’élection probable de H. Walter
Pour connaître ce qui se passe sur la télévision alémanique, on peut suivre #Blochermauer sur twitter, bbswiss est à l’écoute et diffuse des tweets en allemand.
09h52
Résultat 3ème tour : Elu Ueli Maurer avec 122 voix, il pousse un ouf de soulagement
H. Walter obtient 121 voix
Fin du suspens : Ueli Maurer accepte son élection et s’exprime en français
Conclusion personnelle
Que tout ça semble surané! Certes, ça peut rassurer de voir que rien ne change, qu’année après année, les parlementaires se livrent à leurs petits jeux selon des règles imuables, avec quelques petits psychodrames de temps en temps, mais dans le fond, rien ne change.
Les propos racistes et misogynes que tient généralement Ueli Maurer, ne sont guère rassurants. Saura-t-il oeuvrer dans un Gouvernement pour l’avenir de la Suisse, lui le stratège politique et l’idéologue d’extrême droite ? J’ai quelques doutes …
Samuel Schmid apppartenait jusqu’à l’an dernier au parti de l’Union démocratique du centre (UDC) la droite extrême en Suisse
En décembre 2007, son collègue de parti Christophe Blocher, homme d’affaire multi milliardaire et appelé le plus souvent « tribun zurichois » n’est pas réélu au Gouvernement. Son style de management et surtout son manque de collégialité ont causé sa non réélection.
Le parti UDC crie au complot, quitte le Gouvernement et rentre dans l’opposition
A la place de C. Blocher, est élu une femme UDC, la ministre des finances du canton des Grisons, Evelyne Widmer Schlumpf qui va diriger le Département de Justice et Police et appliquer une politique de droite pure et dure
Les deux membres de l’UDC élus par l’assemblée nationale sont exclus du parti UDC. Ils entreront en été 2008 dans le Parti bourgeois démocratique (PDB) . L’UDC n’est donc plus représentée au Gouvernement.
Courant 2008, l’UDC se rend compte qu’être dans l’opposition comporte certains désavantages : ils n’ont plus accès à certaines informations provenant de leur membre au Conseil fédéral et il est difficile de maintenir une cohérence en étant dans l’opposition. Après plusieurs mois de flottement, ils décident de revenir au Gouvernement
L’UDC a choisi deux candidats pour cette élection: l’inévitable Christophe Blocher et l’ancien président du parti, Ueli Maurer. Le problème : aucun des autres partis gouvernementaux ne veut de Blocher et il n’est pas certaine qu’Ueli Maurer remporte la majorité des suffrages. De plus, certains ne lui font pas vraiment confiance de respecter sa promesse de ne pas refuser son élection en faveur de C. Blocher. Les partis pourraient donc élire un autre candidat UDC ou un candidat d’un autre parti, le Parti Démocrate chrétien (PDC)Â par exemple.
C’est pourquoi, cette nuit, les couteaux seront bien aiguisés dans les bistrots de Berne où tout ce beau monde complote en buvant des verres. On a assisté ces derniers jours dans les médias à une avalanche de discours, tous dégoulinant de sincérité politique. Des pétitions circulent pour empêcher l’élection de Ueli Maurer.
Dès 08h00 demain matin, la Télévision suisse romande retransmet l’élection en direct. Je mettrai à jour ce billet en fonction de l’actualité. Je me demande si Twitter va être le relais de cette actualité ignorée hors des frontières. ;-)
Tehelka sort aujourd’hui un numéro spécial sur les attentats de Mumbai. « Why We Will Be Hit Again ». Au-delà de l’information instantanée diffusée sur CNN ou Twitter, la lecture d’un magazine comme Tehlka est indispensable pour approfondir un sujet complexe. Tehlka peut se lire en ligne gratuitement après enregistrement.
Dans un éditorial remarquable de lucidité et intitulé : Death Of A Salesman And Other Elite Ironies, Tarun Tejpal décortique la situation dans laquelle se trouve son pays face au terrorisme et en analyse les causes. A travers l’histoire d’un des collaborateurs du journal Rohinton Maloo abattu par les terroristes, il explique la situation tragique dans laquelle se trouvent des millions d’Indiens que semblent seulement découvrir les élites du pays. « What the elite is discovering today is an acidic truth ordinary Indians are forced to swallow everyday. »
[...] He was killed by what he set very little store by. In his every meeting with us, he was bemused and baffled by TEHELKA’s obsessive engagement with politics. He was quite sure no one of his class ” our class” was interested in the subject. Politics happened elsewhere, a regrettable business carried out by unsavoury characters. Mostly, it had nothing to do with our lives. Eventually, sitting through our political ranting, he came to grudgingly accept we may have some kind of a case. But he remained unconvinced of its commercial viability. Our kind of readers were interested in other things, which were germane to their lives ” food, films, cricket, fashion, gizmos, television, health and the strategies of seduction. Politics, at best, was something they endured. In the end, politics killed Rohinton, and a few hundred other innocents.
[...] Let’s be clear we are not in a crisis because the Taj hotel was gutted. We are in a crisis because six years after 2,000 Muslims were slaughtered in Gujarat there is still no sign of justice. This is the second thing the elite need to understand — after the obscenity of gross inequality. The plinth of every society « since the beginning of Man” has been set on the notion of justice. You cannot light candles for just those of your class and creed. You have to strike a blow for every wronged citizen.
[...] I wish Rohinton had survived the lottery of death in Mumbai last week. In an instant, he would have understood what we always went on about. India’s crying need is not economic tinkering or social engineering. It is a political overhaul, a political cleansing. As it once did to create a free nation, India’s elite should start getting its hands dirty so they can get a clean country.
La communication politique intègre ou devrait intégrer la vidéo. Je me suis amusée à comparer des vidéos des Présidents de trois pays : USA, France et Suisse dans un petit tour d’horizon des vidéos « officielles ».
(voir aussi la mise à jour du 24 novembre, pour la situation en Italie et au Québec)
USA
Pour la première fois, un (futur) Président des Etats-Unis diffuse son message sur Youtube. (760’688 vues en 2 jours)
Cette vidéo est aussi publiée sur le site du Président élu Change.gov où est annoncée une diffusion hebdomadaire des discours de Barack Obama. On y trouve également la transcription du discours, qui peut être traduite automatiquement en français si nécessaire. (Pas parfait, surtout le titre! )Â Le son est parfaitement audible, aucune coupure dans le débit, parfaite. On peut s’abonner à la chaîne de vidéos diffusées notamment sur Youtube. On peut bien évidemment s’abonner au flux RSS du blog
Le Président français Nicolas Sarkozy a aussi sa web PR TV mais les vidéos ne sont disponibles ni sur Youtube ni DailyMotion. On y trouve son discours du 11 novembre 2008 et sa dernière conférence de presse conjointe avec M. José Manuel Barroso lors du sommet du G20 à Washington. Le son et l’image arrivent hâchés, rendant l’écoute difficile. (Format Windows Media Player ou Flash Player) Chaque intervention publique du Président est filmée et diffusée sur sa web TV. Pas de flux RSS, mais on peut envoyer les vidéos par courriel.
Il existe par contre de très nombreuses vidéos humoristiques de discours réels ou fictifs, sur Youtube ou DailyMotion, tout le monde ou presque les a vues au moins une fois, elles remportent un immense succès.
Suisse
Je suis allée sur Admin.ch, sur la page du Président de la Confédération: aucune vidéo. On a le CV du Président actuel, Pascal Couchepin, et c’est tout… Rien, pas un discours, pas une prise de position. Un site statique, mis à jour une fois l’an. Il existe toutefois un lien vers le Département fédéral de l’Intérieur, dirigé par P. Couchepin, site sur lequel on trouve une vidéo d’une conférence de presse à propos de la votation du 30 novembre 2008. Le son et l’image sont d’assez mauvaises qualité, le tout arrive hâché. Dans la rubrique Documentation, on trouve des discours, des communiqués de presse, des interviews, mais uniquement au format PDF. La vidéo ? Connaît pas.
En cherchant un peu sur DailyMotion, on trouve une interview de 5 minutes, réalisée par Thierry Weber, de CulturePod en novembre 2006. (83 vues) Pascal Couchepin avoue ne pas utiliser lui-même Internet, mais ses collaborateurs sont connectés et ils exécutent ses demandes. Il dit aussi
« En Suisse, dans le milieu politique, cela n’a pas encore pris, le monde politique est encore fixé sur les médias traditionnels, la télévision d’Etat, la radio d’Etat, la presse écrite. Il n’y a pas encore de politiciens de la nouvelle génération capable d’utiliser internet à son profit. Nous ne sommes pas des divas, nous n’allons pas faire des déclarations sur Internet « .
Et oui, nous sommes lents en Suisse. Près de 20 ans après l’invention du web en Suisse, les politiques n’ont pas encore compris l’impact qu’une communication sur le web aurait auprès de la population qui utilise tous les jours le web pour ses loisirs, son travail ou pour s’informer. Ils n’ont pas pris le temps de se former à l’utilisation des nouvelles technologies et c’est fort regrettable.
Le Conseiller fédéral le plus « branché » semble être Moritz Leuenberger, qui est le seul Conseiller Fédéral à avoir une rubrique Audio et Vidéo sur le site de son Département DETEC . ll tient aussi à titre privé un blog, et il s’exprime à ce sujet dans cette vidéo. Comme il dit si bien, étant aussi ministre de l’information, il se devait d’expérimenter ce nouveau média. Certains billets sont traduits en français, et il existe un flux RSS.
Ah si tous les politiciens Suisses pouvaient se rendre compte que le monde a changé, que les internautes que nous sommes tous veulent de l’information vivante, des discours motivants, des idées novatrices pour le futur, exprimées dans un langage clair et plus dans la langue de bois habituelle. Nous serons nombreux à suivre les discours et les communiqués de Barack Obama sur Youtube, à lire son blog, à suivre avec intérêt ce qui va se passer aux USA, tout est accessible en ligne, où que l’on soit, au même moment.
Je crains que l’écart entre les modes de communication du siècle passé pratiquée en Suisse et les usages des nouvelles technologies par la population ne se creuse. Je ne vois hélas en Suisse aucun homme ou femme politique qui soit tourné vers l’avenir et qui aurait un discours motivant « à la Obama ». Il ne suffit pas de copier ses slogans, encore faudrait-il avoir quelques idées pour sortir la Suisse de son isolement et de son passéisme. NB: il existe bien un TV Blocher, mais … uniquement en allemand et comme il est ni Président ni membre du Conseil Fédéral, je ne fais pas de lien vers cette TV privée d’un homme d’affaire multi-millionaire qui a des heures de libre.