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Les filles aussi chassent le dragon

image 31 Les filles aussi chassent le dragonCurieux titre, n’est-ce pas? Je l’emprunte à  l’association lab-elle, laboratoire pour elle– à  but non-lucratif, dont l’objectif est d’œuvrer pour une attention soutenue aux potentiels féminins dans le domaine de la littérature enfantine et de rendre visibles les albums allant dans ce sens. Si vous avez des petites filles dans votre entourage, si vous offrez des livres, voici quelques informations utiles. Si vous êtes à  Genève le 22 novembre à  11 heures, la librairie l’inédite à  Carouge, Anne Dafflon Novelle présentera les livres pour la jeunesse « lab-elle »

Qu’est-ce que la-belle ?

L’association la-belle attribue un label aux «albums attentifs aux potentiels féminins» pour attirer l’attention de toutes les personnes en contact avec la littérature enfantine (0 à  10 ans) sur le fait que les livres pour enfants véhiculent encore des représentations stéréotypées du masculin et du féminin. (Voir les critères d’attribution)
L’analyse des albums illustrés pour enfants publiés récemment met en évidence des asymétries entre héroïnes et héros dans les livres pour enfants. Beaucoup de représentations proposées aux enfants dans les illustrations et les textes ne correspondent pas à  la réalité vécue par la majorité des familles et ne contribuent pas à  soutenir une vision progressiste de la société.

Les adultes considèrent encore le masculin comme le sexe par défaut, ils pensent que les histoires avec un héros conviennent tant pour les filles que pour les garçons, c’est faux ! Les filles préfèrent les histoires avec des héroïnes mises en scène dans des rôles valorisés et variés, tout comme les garçons préfèrent les histoires avec des héros.

image 33 Les filles aussi chassent le dragonL’analyse des albums illustrés pour enfants publiés récemment met en évidence globalement 2 x plus de héros que d’héroïnes et 10 x plus de héros-animaux que d’héroïnes-animales. L’analyse montre

  • des héroïnes et des personnages féminins
    • présents dans un intérieur et/ou dans des lieux privés
    • avec de jeunes soeurs et frères
    • dans des rôles domestiques ou maternants
    • dans des rôles passifs ou d’observation
    • illustrés avec une surabondance d’accessoires typiquement féminins

    des femmes

    • essentiellement présentées dans des rôles familiaux [mère et grand-mère]
    • exécutant des tâches domestiques ou des devoirs parentaux [amener les enfants à  l'école , donner le bain...]
    • très rarement présentées dans le monde professionnel ou alors exerçant des professions peu variées et stéréotypées [enseignement, vente, soins]
  • image 32 Les filles aussi chassent le dragondes héros et des personnages masculins
    • faisant du sport ou des bêtises
    • dans des rôles actifs et courageux
    • dessinés de façon neutre/asexuée

    des hommes

  • présentés dans des rôles professionnels et familiaux
  • exécutant des activités récréatives individuelles ou avec les enfants [lecture,  sports...]
  • présentés dans des rôles professionnels variés et valorisés [médecin, architecte...]

Ses asymétries entre héroïnes et héros dans les livres pour enfants peut entraîner chez les filles des choix professionnels stéréotypés et limités, une ouverture restreinte sur la sphère publique et une confiance en soi réduite.

image 30 Les filles aussi chassent le dragon

La princesse et le dragon

Elisabeth et son fiancé ont tout pour être heureux, ils vont bientôt se marier, mais voilà  que le jeune prince est enlevé par un dragon. Elisabeth prend son courage à  deux mains, traverse la forêt profonde et part à  la recherche de son fiancé. Mais quelle sera sa réaction face à  Elisabeth toute décoiffée avec des habits déchirés?

Munsch Robert et Martchenko Michael | Editions Talents hauts 2005

Pour en savoir plus

Mise à  jour (24 novembre 2008)

  • Editions Talents Hauts, éditeur de Quand Lulu sera grande, dont l’auteur Fred L. est l’inventeur du slogan « Les filles aussi chassent les dragons » (cf commentaire de ce billet)

image 34 Les filles aussi chassent le dragon

Le livre du jour : Zaïda

zaida grand Le livre du jour : ZaïdaDepuis ma tendre enfance, je reçois au moins un livre à  Noël, et j’adore ça!
Cette année, ce fut un gros pavé de 500 pages Zaïda, Anne Cuneo, roman, chez Bernard Campiche Editeur. Avec un livre, on voyage, et celui-ci nous emmène en Angleterre, Suisse, Italie, Zurich, Milan. Le fil rouge est l’histoire de Zaïda, femme médecin qui fut une des premières à  exercer ce métier jusque là  masculin. On la suit à  travers ses drames personnels et ceux de son époque : les deux guerres mondiales, les épidémies, la grippe espagnole qui fit tant de ravages, les destructions, les déportations, les victimes du syndrome post-traumatique, qui ne portait pas encore ce nom en ces temps-là  mais qui était une réalité pour ceux qui échappaient à  la mort mais qui ne revenaient pas indemne.

Anne Cuneo dit avoir écrit un roman, pas une biographie, ni même une « romance » comme elle l’explique aujourd’hui dans un article sur cuk.ch :

J’ai bien commencé de manière classique: le coup de foudre entre les deux protagonistes. [...] Et soudain mon héroïne, Zaïda, a pris le pouvoir. C’est la chance la plus fantastique, pour un auteur, de se retrouver dans la position de devoir écrire ce que le héros lui dicte. Comme c’est un processus difficile sinon impossible à  expliquer, je ne tenterai même pas d’aller au-delà  de la constatation.

Je me suis dit que Zaïda pourrait étudier la médecine, et j’étais presque sûre que pour faire cela, il faudrait que je la fasse aller à  Paris ou à  Vienne. Et puis j’ai découvert qu’en 1880, la seule université au monde où les femmes fussent admises de plein droit était celle de Zurich, une ville que je connais bien, dont au fil de dizaines de reportages j’ai étudié le passé. Et dès que je me suis mise à  chercher du côté du quotidien des étudiantes en médecine, je suis tombée sur la biographie de la première femme médecin suisse, le Dr Maria Heim-Vögtlin, qui décrit ce temps-là .

Ce livre, je l’ai lu d’une traite, un week-end maussade. Je vous en conseille la lecture, si comme moi vous aimez les voyages et les histoires « vraies » même celles qui sont inventées ;-)

Où vendre et acheter des livres d’occasion ?

Que faire lorsque sa bibliothèque déborde de livres qui ont envahi tout l’espace qui leur était réservé? Victimes de notre passion de lecture, tôt ou tard il faut trouver une solution, si le déménagement n’est pas envisageable!

Un jour par hasard je suis entrée dans une librairie située Rue Jean Violette à  Genève. Une petite affiche disait (je cite de mémoire) :

« Déterminez le nombre de livres de votre bibliothèque idéale (300, 600, 1500, 3000 peu importe) Faites en sorte de ne jamais dépasser ce nombre. Chaque ajout entraîne la sortie du même nombre de bouquins. »

J’ai trouvé l’idée excellente et j’essaie d’appliquer ce principe depuis.

Oui mais voilà , que faire des livres « en trop » ? On peut les donner, les offrir, les échanger et pourquoi pas les recycler, c’est-à -dire les revendre pour en acheter d’autres. C’est le principe de cette libraire genevoise au nom évocateur Les Recyclables, qui se trouve aujourd’hui 53 Rue de Carouge. Les Recyclables achètent des livres récents, à  des prix variables. Pas la peine de leur apporter vos vieilleries datant du siècle passé!

recyc1 Où vendre et acheter des livres doccasion ?Le problème c’est qu’ils croulent sous les bouquins, il y a plus de vendeurs que d’acheteurs! J’essaie depuis des mois de leur apporter quelques sacs de livres, sans succès, les rayonnages sont pleins, ils croulent sous les arrivages. Vous qui aimez lire, allez y faire un tour, faites-y vos achats de Noël, offrez des bons d’achats, achetez en ligne! Ainsi, il y a aura enfin un peu de place pour mes bouquins ;-) Si l »endroit n’est hélas pas aussi convivial qu’il l’était à  la Rue Jean Violette, l’espace est aussi un café-restaurant non-fumeur et on peut y manger de bons plats du jour. Le soir, il y a parfois des animations culturelles. Et surtout, on trouve de très bons livres à  de très bon prix. (- 40 à  50 %)

Autres adresses

  • Genève : la Trocante, 15 bis Rue des Gares, dans une allée insolite, qu’on peut voir sur ces très jolies photos La Trocante reprend aussi des livres, pour 1/6 du prix. On peut leur soumettre une liste de livres qu’on souhaite vendre.
  • Paris : Librairie M.R, 4 Rue des écoles, Paris 5è (Métro Jussieu ou Cardinal Lemoine) Les livres neufs et récents à  30 ou 40%. C’est un endroit incontournable de mes passages à  Paris, une vraie Caverne d’Ali Baba! Dans la même rue, de nombreuses librairies vous tenteront!

Evidemment, on peut aussi mettre ses livres en vente sur E-Bay ou Ricardo.ch, mais ce n’est pas gratuit, la vente n’est pas garantie et ça vous prendra du temps. Quant aux vieux livres invendables, les offrir à  une oeuvre d’entraide fera toujours des heureux!

Les nouvelles de Paule Mangeat

Côté Rue

Elle a beaucoup de chance, Mademoiselle J,  fille au pair Allemande de Madame Poppins. Grâce aux lecteurs du blog de sa patronne, elle aura la chance d’analyser un texte de Paule Mangeat. Elle cherchait « un texte qui semble intéressant mais qu’elle trouverais très difficile » pour son prochain cours de français. J’avais suggéré la lettre, écrite par Paule Mangeat, lettre couronnée du premier prix au concours épistolaire organisé dans le cadre de la Fureur de lire par l’Association « Et si on s’écriv@it » en 2005 et c’est ce texte qu’elle a choisi. Excellent choix Mademoiselle J. ;-)

coterue Les nouvelles de Paule MangeatMais qui est Paule Mangeat? Je ne la connaissais pas avant de la rencontrer lors de la dernière Fureur de lire à  Genève. Elle y présentait son premier recueil de nouvelles Côté Rue édité chez faim de siècle & cousu mouche, recueil que j’ai acheté lors du vernissage et c’est mon coup de cœur littéraire!

J’ai tout simplement adoré ce livre et je vous le recommande. J’ai été séduite par le style, le rythme, l’humour, souvent noir, la poésie et la vision du monde sans complaisance de Paule Mangeat. Elle s’inspire de la rue, des personnages et situations qu’elle voit autour d’elle, des terrasses de bistrot et bars de la Genève vivante, colorée et déjantée, et ça « s’entend »! Côté Rue , c’est un très beau livre, imprimé sur du beau papier, agréable et sensuel au toucher. La photo de couverture est de Jan Turnbull et zedrus a écrit une magnifique préface :

[...] Lire P n’est pas sans danger, c’est l’irréel qui s’en mêle, c’est l’étincelle intelligente, une pente savoureuse, une porte de prison qui sait plaisanter, un bonbon, une farce qui nous rattrape. C’est mauvais pour la santé comme tout ce qui est bon. Le priapisme cérébral rôde, érodant le reste de nos habitudes. Avec P on pense que le sens interdit, unique, mène à  l’impasse du paradis.

Quelques extraits

« Je n’y avais pas cru. Pourtant trois personnes me l’avaient dit. Leurs annonces avaient été sensiblement les mêmes, mais l’une d’elle avait cru bon de devoir ajouter trois mots à  la fin de sa phrase : Je suis désolée. Votre mari est mort, je suis désolée. »

« Elle vit le pain. Elle vit la couverture. Elle vit les gestes simples porter l’espoir. Elle vit un jeune garçon rire et taper des mains, une jeune garçon que les villageois n’avaient pas laissé tomber après la mort de sa mère, elle vit le maire qui avait besoin de tendresse, le curé qui avait besoin d’amour, les hommes et les femmes du village qui avaient besoin de rire. Elle vit qu’elle avait besoin de rire. Elle vit qu’elle avait besoin d’eux aussi, besoin de remplacer un atroce souvenir par mille beaux souvenirs. »

« Elle était nue sur le lit. Ça l’avait surpris. La plupart des filles minaudaient beaucoup avant d’enlever leurs habits. Ils les aimaient bourgeoises et un peu coincées. Si possible croyantes, pratiquantes était la cerise sur le gâteau. Il fallait qu’il les mette en confiance, qu’il leur parle longuement et doucement. Qu’il commence par dessiner leur visage plusieurs fois. Des portraits croqués sur le vif. Trois traits. Un sourire dessiné comme un cœur. Les filles aiment les cœurs. »

« Je vais te manger mon petit chéri. Une bouchée de tes pieds. Une bouchée de tes lâchetés. Je vais te manger mon petit chéri. »

Alphonse, Sismondi m’était contée, les Cannes, l’Artiste, Dissous dans l’acide, la faim d’un amour, Mamasac, le manifeste d’une femme du XXIème siècle, sont les titres évocateurs des nouvelles de Paule Mangeat, une jeune auteure à  découvrir et dont on reparlera, j’en suis certaine. J’espère qu’on la trouve chez les libraires, en Suisse et dans toute la Francophonie, elle le mérite!

Tarun Tejpal, écrivain (2)

taruntepjal2.thumbnail Tarun Tejpal, écrivain (2)Tarun Tejpal n’est pas seulement un excellent journaliste, rédacteur en chef et fondateur du magazine d’investigation Tehelka, c’est aussi un écrivain talentueux. Je l’ai découvert en début d’année, tout à  fait par hasard en choisissant son livre Loin de Chandigarh au rayon littérature étrangère d’une librairie genevoise. Je n’avais pas suivi son parcours, je n’avais lu aucun article sur cet ouvrage, honte à  moi, car ils étaient nombreux sur le web, depuis longtemps. Attention : ce livre est de ceux que l’on ne lâche pas, de ceux que l’on emporte partout avec soi, de ceux avec lesquels on veille tard dans la nuit, de ceux que l’on dévore et surtout que l’on n’oublie pas.

Loin de Chandigarh – The Alchemy of Desire

« L’alchimie du désir » est un titre plus évocateur du contenu du livre que ce « loin de Chandigarh«  un peu énigmatique mais combien « exotique »! Chandigarh, rien que ce nom fait rêver. Début du roman: « L‘amour n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est le sexe«  et il se termine par « Le sexe n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est l’amour… »

Entre ces deux affirmations, un long voyage dans l’Inde des années 1990, durant lequel on partage la vie d’un journaliste écrivain raté, sa relation passionnelle avec sa femme Fizz, leur nouvelle maison et ce journal intime qui va obséder le personnage principal jusqu’à  l’engloutir. Le récit est vif, imagé, rythmé, sensuel et plein d’humour. En voici un court extrait, lecture effectuée par le directeur du théâtre Pitoeff, à  Genève lors de la dernière Fureur de lire. L’auteur était venu présenter son ouvrage et participer à  une table ronde consacré au roman indien à  laquelle j’ai eu la chance d’assister.

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