J’ai assisté hier à la conférence que donnait hier à l’UNIGE Robert Darnton, directeur de la Bibliothèque de l’Université de Harvard, la plus grande bibliothèque universitaire mondiale qui compte plus de 20 millions d’ouvrages.

D’emblée, Robert Darnton affirme qu’il ne croit pas du tout aux « jérémiades qui annoncent la mort du livre », loin de là. Les technologies de numérisation peuvent au contraire contribuer à étendre la diffusion des savoirs et permettent l’accès aux connaissances pour le plus grand nombre.

Digitize, democratize

L’histoire du livre n’est pas uniquement positive. Au cours des siècles, on a assisté à des destructions massives de livres, des forteresses protègent les bibliothèques comme par exemple celle d’Oxford et tout le monde n’a pas accès à ces trésors, protégés par des barrières invisibles et limités à une élite. Internet va révolutionner l’accès a la culture. Aujourd’hui, wikipedia est consulté gratuitement par des millions de gens.

Mais l’accès aux connaissance est toutefois limitée, par la protection des maisons d’édition scientifiques et par les visées commerciales de sociétés comme Google. Les budgets des bibliothèques se réduisent alors que les prix des ouvrages augmentent.

La Digital Public Library of America (DPLA)

Aujourd’hui, grâce à Internet, on peut faire mieux que nos prédécesseurs du XIXe siècle : c’est le but de la Digital Public Library of America, lancée en avril 2013. Si Google était pionnier dans la numérisation d’ouvrage, on peut rendre les informations accessibles à tous, comme le suggère l’inscription Free to all à l’entrée de la Boston Public Library.

C’est ainsi que des professionnels des bibliothèques se sont mis d’accord pour créer « un réseau ouvert, distribué des ressources numériques complètes qui est fondé sur le patrimoine américain des bibliothèques, universités, archives et musées, pour éduquer, informer et valoriser cette génération et celle de l’avenir et accessible à tous facilement et gratuitement.

Aujourd’hui, 10 millions d’objets ont été numérisés et sont consultables dans le monde entier, par un public très varié: des chercheurs et étudiants, des séniors, des esprits curieux à la recherche d’informations. Un réseau de bénévoles de tout le pays contribue à maintenir l’infrastructure technique, dont la conception a été faite par les  informaticiens américains sélectionnés parmi plus de 1100 personnes ayant répondu à un appel à contribution.

Reste à assurer la pérennité financière – et technique – du projet, aujourd’hui financé par des fondations privées. Il s’agit aussi de pouvoir intégrer des ouvrages plus récents selon le principe du fair use en demandant aux auteurs de pouvoir intégrer les ouvrages à l’expiration de leur exploitation commerciale sans attendre  les 70 ans fatidiques de l’extinction des droits d’auteurs.

Dès la sortie de la conférence, j’ai visité le site DPLA et navigué dans une des apps créées autour du projet: OpenPics sur iPad. Je vous encourage à en faire autant, on y trouve de jolis trésors, comme cette photo de Sister Rosetta Thorpe

Sister Rosetta Tharpe with her Gibson SG. 1960's Source:OpenPics

Sister Rosetta Tharpe with her Gibson SG. 1960’s – Source:OpenPics

 

Voir aussi

  • Bodmer Lab
    Projet né d’une initiative de l’Université de Genève et de la Fondation Schmidheiny dans le but de numériser une partie de la collection Martin Bodmer, l’une des plus grandes bibliothèques privées du monde, pour la rendre accessible au public et plus facilement exploitable par les chercheurs.
  • Bibliothèques numériques, avenir du livre et dissémination du savoir – Excellent compte rendu détaillé de la conférence du 7 mai 2015, par Martin Grandean
  • DPLA Apps library