Tout à commencé par un Tweet de @koramarok, un twitto infographiste, webdesigner et musicien amateur de Dijon. Son œil professionnel a remarqué une photo dans le journal du festival, photo qui illustrait une publicité pour la crèche du festival. En filigrane de l’article, tout baby boomer pouvait reconnaître le « petit Gregory » Villemin, noyé dans la Vologne en 1984 et dont l’assassin n’a jamais été retrouvé.

@koramarok écrivait sur Twitter:

Ils ont un drôle de sens de l’humour au Festival de Jazz de Montreux :-) @guybirenbaum @arretsurimages @AlainKorkos pic.twitter.com/FO5fMRkAOD  (@koramarok) July 16, 2013

tweet koramarok

Sollicité, Guy Birenbaum répondit:

Via @koramarok Il semble que la garderie du Festival de Jazz de Montreux utilise une photo du « petit Grégory » pic.twitter.com/Mma3ORTE3d

tweet guybirenbaum affiche festival montreux jazz

Comment cette photo s’est-elle retrouvée dans cette publication?

Mathieu Jaton, le nouveau patron du Montreux Jazz Festival répond:

« Il s’agit d’une photo qui a été téléchargée par une personne très jeune, qui ne connaissait pas l’affaire », avait-il précisé, avant d’assurer qu’il n’y avait pas de « mauvaise plaisanterie » mais bien « une erreur humaine » derrière cette publicité choquante.

« Nous sommes en communication avec l’avocat des parents de Grégory », a-t-il indiqué au journal 20 Minutes, en ajoutant qu’il était en train de rédiger des excuses formelles à l’intention de la famille Villemin.

« Nous n’avons évidemment absolument pas voulu faire de coup médiatique. Nous n’aurions aucun intérêt à cela puisque l’impact est totalement négatif », a indiqué le porte-parole cité par 20 Minutes.

Mais l’affaire s’est emballée sur les réseaux sociaux. Comment un festival qui brasse autant d’argent peut-il se satisfaire du travail de stagiaires bénévoles? Comment la photo de ce petit garçon n’a-t-elle pas fait tilt à l’œil d’un superviseur, si super viseur il y avait? Pourquoi accuser un stagiaire? Pourquoi le dir com n’assume-t-il pas? Pourquoi voler des images dans Google et ne pas attribuer un budget pour l’achat de photos? Pourquoi le stagiaire n’a-t-il pas été mieux entouré, etc. etc. On se lâche sur Facebook et Twitter, on interpelle et on accuse. La machine s’emballe!

Ce bad buzz pose plusieurs questions.

Photo, droits d’auteur et citation des sources

La première concerne l’utilisation d’une photo trouvée sur Internet sans se préoccuper des droits d’auteurs et sans la sourcer. Sur Twitter, @koramarok s’interroge:

  • Utiliser une photo sans se demander s’il y a des droits d’auteurs, sans la sourcer, n’est-ce pas aussi un FAIL? Bizarrement, les médias n’en parlent pas. Et pour cause. Ils font pareil.
  • Pas un journaliste pour demander comment se fait-il qu’un festival si renommé, si prestigieux, ait recours à des stagiaires pour réaliser son journal interne ?
  • Cette histoire est sortie parce que la photo était connue, mais si c’était une personne anonyme n’en serait-ce pas tout aussi choquant?
  • La sous traitance, les délais intenables, le manque de vigilance de la chaine hiérarchique, c’est une fatalité ou un mode de fonctionnement?
  • seuls 2 journalistes m’ont demandé la permission d’utiliser la photo. Vu le sujet traité, ça laisse songeur non?
  • La propension des journaux à faire monter le buzz est assez hallucinante. Si ça pouvait servir à parler des conditions de travail et de rémunération des créa, ainsi que de culture de l’image…

Il développe ces interrogations dans un billet sur le blog de Seb Musset: L’info est un long buzz tranquille Espérons qu’il soit lu et que les personnes concernées en tiennent compte à l’avenir.

Mauvaise gestion de la communication sur les réseaux sociaux

La maîtrise de l’information via les réseaux sociaux en cas de crise, un grand sujet des formations au management des réseaux sociaux! Le Montreux Jazz  aurait-il pu limiter les dégâts avec une présence plus professionnelle et adaptée? Le MJF est bien suivi sur Twitter – 25’873 followers le 18 juillet – et 79’488 fans sur FB, mais il n’a pas su les utiliser pour communiquer. Une faille dans son système de communication, faille très bien analysée par la spécialiste des réseaux sociaux, Magali Philip sur RTS.ch

  • le MJF a failli dans ce qui est essentiel quand on a une forte présence et une image à vendre, c’est à dire la veille, la surveillance de tout ce qui s’écrit à son sujet.
  • Il n’a pas réagi au premier tweet sur l’utilisation du petit Gregory, ni à la relance de l’info par Guy Birenbaum à ses 111’000 abonnés, qui a lancé le buzz.
  • Il a fallu attendre le début de soirée et les premiers articles de presse pour avoir enfin un premier commentaire officiel du MJF, mais le mal était fait.
  • Égratigné par les tweets et les status Facebook, c’est seulement à 22h38 que le MJF décide de communiquer sur FB et Twitter.
  • Le MJF a privilégié les médias traditionnels au détriment des réseaux sociaux d’où était partie l’info.

Sur les réseaux sociaux quand on manque de réactivité, la machine s’emballe. Comment redresser la barre, Magali Philip donne quelques conseils:

  • Prendre la chose plus au sérieux
  • Répondre à tout le monde
  • Répondre aux critiques
  • Organiser un « forum » d’une heure en mode chat questions/réponses avec les internautes
  • Expliquer et désamorcer

Un vrai cas d’école. Gageons que le traitement de ce bad buzz par le MJF fera le bonheur des formateurs à la gestion des communautés sur les réseaux sociaux!

Conclusion: Une bourde de communication, une faille dans la gestion de crise sur les réseaux sociaux et voilà le Montreux Jazz qui fait jaser pour tout autre chose que la musique, un vrai gâchis! Une petite pensée pour Grégory, qui aurait eu 34 ans le 24 août, mais qui demeurera à jamais le « petit Grégory »!

Pour en savoir plus

Epilogue [23.07.2013]