Elle a beaucoup de chance, Mademoiselle J,  fille au pair Allemande de Madame Poppins. Grâce aux lecteurs du blog de sa patronne, elle aura la chance d’analyser un texte de Paule Mangeat. Elle cherchait « un texte qui semble intéressant mais qu’elle trouverait très difficile » pour son prochain cours de français. J’avais suggéré la lettre, écrite par Paule Mangeat, lettre couronnée du premier prix au concours épistolaire organisé dans le cadre de la Fureur de lire par l’Association « Et si on s’écriv@it » en 2005 et c’est ce texte qu’elle a choisi. Excellent choix Mademoiselle J. ;-)

Mais qui est Paule Mangeat? Je ne la connaissais pas avant de la rencontrer lors de la dernière Fureur de lire à  Genève. Elle y présentait son premier recueil de nouvelles Côté Rue édité chez faim de siècle & cousu mouche, recueil que j’ai acheté lors du vernissage et c’est mon coup de cœur littéraire!

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J’ai tout simplement adoré ce livre et je vous le recommande. J’ai été séduite par le style, le rythme, l’humour, souvent noir, la poésie et la vision du monde sans complaisance de Paule Mangeat. Elle s’inspire de la rue, des personnages et situations qu’elle voit autour d’elle, des terrasses de bistrot et bars de la Genève vivante, colorée et déjantée, et ça « s’entend »! Côté Rue , c’est un très beau livre, imprimé sur du beau papier, agréable et sensuel au toucher. La photo de couverture est de Jan Turnbull et Zedrus a écrit une magnifique préface :

[…] Lire P n’est pas sans danger, c’est l’irréel qui s’en mêle, c’est l’étincelle intelligente, une pente savoureuse, une porte de prison qui sait plaisanter, un bonbon, une farce qui nous rattrape. C’est mauvais pour la santé comme tout ce qui est bon. Le priapisme cérébral rôde, érodant le reste de nos habitudes. Avec P on pense que le sens interdit, unique, mène à  l’impasse du paradis.

Quelques extraits

« Je n’y avais pas cru. Pourtant trois personnes me l’avaient dit. Leurs annonces avaient été sensiblement les mêmes, mais l’une d’elle avait cru bon de devoir ajouter trois mots à  la fin de sa phrase : Je suis désolée. Votre mari est mort, je suis désolée. »

« Elle vit le pain. Elle vit la couverture. Elle vit les gestes simples porter l’espoir. Elle vit un jeune garçon rire et taper des mains, une jeune garçon que les villageois n’avaient pas laissé tomber après la mort de sa mère, elle vit le maire qui avait besoin de tendresse, le curé qui avait besoin d’amour, les hommes et les femmes du village qui avaient besoin de rire. Elle vit qu’elle avait besoin de rire. Elle vit qu’elle avait besoin d’eux aussi, besoin de remplacer un atroce souvenir par mille beaux souvenirs. »

« Elle était nue sur le lit. Ça l’avait surpris. La plupart des filles minaudaient beaucoup avant d’enlever leurs habits. Ils les aimaient bourgeoises et un peu coincées. Si possible croyantes, pratiquantes était la cerise sur le gâteau. Il fallait qu’il les mette en confiance, qu’il leur parle longuement et doucement. Qu’il commence par dessiner leur visage plusieurs fois. Des portraits croqués sur le vif. Trois traits. Un sourire dessiné comme un cœur. Les filles aiment les cœurs. »

« Je vais te manger mon petit chéri. Une bouchée de tes pieds. Une bouchée de tes lâchetés. Je vais te manger mon petit chéri. »

Alphonse, Sismondi m’était contée, les Cannes, l’Artiste, Dissous dans l’acide, la faim d’un amour, Mamasac, le manifeste d’une femme du XXIème siècle, sont les titres évocateurs des nouvelles de Paule Mangeat, une jeune auteure à  découvrir et dont on reparlera, j’en suis certaine. J’espère qu’on la trouve chez les libraires, en Suisse et dans toute la Francophonie, elle le mérite!